Les femmes dans le cinéma documentaire à Taiwan

Depuis la levée de la loi martiale en 1987, le documentaire est un genre très prisé à Taiwan. Le régime de Chiang Kai Shek n’était pas très propice au développement d’oeuvres indépendantes : le discours anti-communiste, l’assimilation forcée à l’identité « chinoise » et la censure en place avaient donné naissance à des documentaires de type didactique, résolument pro-nationalistes. Après la levée de la loi martiale et la démocratisation du régime, les années 1990 sont donc devenues une période fertile de libertés nouvelles, d’explorations et de questionnements : questionnements sur ce que signifie être Taiwanais, ou Aborigène. Questionnements sur les problématiques sociales et politiques, environnementales…

Dans ce contexte, les femmes, et les personnes marginalisées en général (aborigènes, handicapé(e)s, etc), passent derrière la caméra pour faire entendre leurs voix et participer aux débats. Une situation rendue possible, entre autres, par le matériel de tournage moins coûteux et plus pratique. Aujourd’hui, si le cinéma taiwanais est dominé par des figures masculines, les femmes sont au contraire légion dans le cinéma documentaire.

Faisons un petit tour d’horizon de quelques figures connues, dont le travail s’apparente à divers genres :

Guo Liangyin (郭亮吟)

Source : Epochtimes

Source : Epochtimes

Guo Liangyin est spécialiste des films biographiques et historiques ; elle a commencé sa carrière de documentariste pour le compte de la télévision publique, en réalisant une série de portraits dont celui du célèbre chorégraphe Li Huaimin (林懷民). Son œuvre la plus célèbre est Shonenko (綠的海平線:台灣少年飛機工的故事) : ce film réalisé en 2006 et primé à de nombreux festivals internationaux raconte l’histoire méconnue des jeunes adolescents taiwanais forcés à travailler au sein de l’armée de japonaise pendant la Seconde guerre mondiale. Le Président du Département Cinéma de l’Université Nationale des Arts de Taiwan n’a pas hésité à affirmer qu’il s’agissait d’un des documentaires « les plus remarquables de ces vingt dernières années ».

Zero Chou (Zhou Meiling 周美玲)

Source : Nautiljon

Source : Nautiljon

Une des réalisatrices taiwanaises les plus célèbres, aussi bien à Taiwan qu’à l’étranger : ses œuvres ont été projetées dans de nombreux festivals et remporté un grand nombre de prix. Zero Chou s’intéresse notamment aux communautés LGBT et identités queer : elle est elle-même ouvertement en couple avec la cinéaste Hoho Liu (劉芸后,Liu Yunhou) et c’est une des rares réalisatrices au monde à s’afficher comme lesbienne. Zero Chou a réalisé non seulement des documentaires mais aussi des longs-métrages, comme Drifting flowers (漂浪青春) et Spider lillies (刺青) qui racontent les histoires tourmentées de jeunes femmes lesbiennes. Elle a déclaré lors d’une interview pour le site Afterellen qu’elle rêvait avec sa partenaire de réaliser six films lesbiens (pour les six couleurs du drapeau LGBT).

Hu Taili (胡台麗)

Source : Documentary Educational Resources

Source : Documentary Educational Resources

Anthropologue de renom et chercheuse à l’Academia Sinica, Hu Taili est une pionnière du documentaire ethnographique à Taiwan. Là où ses collègues voyaient la caméra avant tout comme un outil de travail sur le terrain, elle l’a utilisée pour créer des oeuvres destinées à un grand public. Elle a réalisé six films depuis 1984. Voices of Orchid Island (蘭嶼觀點), sorti en 1993, se penche sur l’ethnie aborigène Tao (Yami) de l’Ile des Orchidées et leur difficile relation avec le monde extérieur. Passing through my mother-in-law’s village (穿過婆家村), réalisé en 1997, est le tout premier documentaire taiwanais à être diffusé dans un cinéma grand public, et il a obtenu un franc succès au box-office.

On peut également évoquer Si Manirei et Xiao Meiling. Si Manirei (張 淑 蘭, Zhang Shulan) est une des rares documentaristes aborigènes de Taiwan, réalisatrice de And deliver us from the evil (面對惡靈, 2001) qui explore le tabou autour de la mort au sein de l’ethnie Tao et s’interroge sur la constitution de l’identité aborigène. Son travail est évoqué dans cet article.

Quant à Xiao Meiling (蕭美玲), c’est une jeune réalisatrice avec une petite fille dont l’époux vit en Europe : dans Somewhere over the cloud (雲的那端, 2007), elle filme son quotidien tout en montrant l’impact des nouvelles technologies et des médias sur les relations familiales, mais également les problèmes éthiques inhérents au travail de cinéaste: car la caméra omniprésente dérange ses proches et interfère avec les soins apportés à son enfant. Jusqu’où le cinéaste peut-il aller avec son sujet ?

Lien vers l’émission : http://french.rti.org.tw/schedule/ (Marque-page Samedi)

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