La raffinerie de Taiwan Sugar de Xihu (Changhua)

Pendant de nombreux siècles, la canne à sucre a été l’une des principales productions agricoles de Taiwan. Si aujourd’hui on pense davantage au riz, au thé, au soja ainsi qu’à une large variété de fruits, la canne à sucre est resté sur le podium de ce secteur pendant une très longue période. A vrai dire, le sucre qu’elle permet de produire a même été un temps le premier produit d’exportation de l’île entre les années 1950 et 1960.

Aujourd’hui, l’industrie du sucre, tout comme la culture de la canne à sucre d’ailleurs, est en déclin. La faute à un ralentissement de l’économie et une entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce (début 2000) qui a encouragé les agriculteurs taiwanais à se tourner vers d’autres cultures plus lucratives.

Même s’il ne subsiste aujourd’hui que quelques sites de production de sucre à Taiwan, certaines raffineries aujourd’hui fermées ont trouvé une seconde vie grâce au tourisme. C’est notamment le cas de celle de Xihu, comté de Changhua, qui à son époque était l’un des fers de lance de la production de sucre de Taiwan.

Au coeur de l'usine de Xihu
Au coeur de la raffinerie de Xihu

Pour retrouver les origines de l’exploitation de la canne à sucre à Taiwan, il faut remonter davantage dans le temps. Probablement importée par les premières vagues d’immigrés du continent chinois, la canne à sucre s’est très bien adaptée au sol taiwanais. Lorsque les Hollandais occupèrent Taiwan (1624-1662), cette culture était déjà présente et c’est durant cette période que les premières productions de sucre sont mentionnées. L’essentiel de cette production était exportée à destination du Japon. Après la prise de Taiwan par Koxinga (1er février 1662), cette industrie continue de fleurir et son commerce permet à Taiwan de développer son économie. Une réussite qui a contribué à encourager davantage de Chinois des provinces du Guangdong et Fujian à venir s’installer à leur tour à Taiwan.

Un parcours permet de visiter la raffinerie.  Le panneau annonce que la sécurité prime sur le reste. De façon étrange, si les touristes sont nombreux, peu empruntent ce parcours dans un autre temps
Un parcours permet de visiter la raffinerie.
Le panneau annonce que la sécurité prime sur le reste. De façon étrange, si les touristes sont nombreux, peu empruntent ce parcours dans un autre temps

Deux siècles plus tard, en 1861, le Traité de Tianjin (signé en 1858, ratifié en 1860 par la Chine et prise de vigueur en 1861) ouvre le commerce de Taiwan aux puissances occidentales (France, Angleterre, Allemagne…). Avec le thé et le camphre, le sucre fait alors partie des produits qui constituent l’essentiel de l’exportation taiwanaise.
Moins d’un demi-siècle plus tard, l’occupation japonaise (1895-1945) contribua à un nouvel essor de cette industrie. Une douzaine de sociétés se lancèrent dans l’aventure et Taiwan compta jusqu’à une quarantaine de raffineries de sucre, principalement sur la côte ouest. Seules quatre usines ont été établies sur la côte est durant la période japonaise.

La fin de la Seconde Guerre Mondiale marque un nouveau tournant pour l’industrie du sucre à Taiwan. D’une part, les Japonais se retirent en cédant l’île à la République de Chine. D’autre part, les bombardements américains ont réduit en cendre un bon nombre de raffineries, ce qui a mis à mal ce secteur pendant quelques années.

Peu après sa prise de contrôle de Taiwan, le KMT fonde la société Taiwan Sugar Corporation en 1946. Il s’agit essentiellement d’une refonte de l’industrie locale qui rassemble l’ensemble des entreprises qui existaient déjà durant la période japonaise. Loin de se reposer sur les infrastructures mises en place par ses prédécesseurs nippons, TSC remet en état plusieurs raffineries détruites lors des bombardements, voire en construit de nouvelles. Ces efforts, combinés à l’introduction de nouvelles variétés de canne à sucre, finissent par payer puisqu’à partir de 1952, la production de sucre retrouve son niveau d’avant-guerre. En 1975, cette industrie touche son sommet avec une exportation annuelle qui atteint 5,1 milliards NT$. S’ensuit alors une période de dépréciation continue des prix du marché international, ce qui va provoquer le déclin progressif de ce secteur.

Pour finir avec ce volet sur l’histoire de la TSC, si celle-ci continue de produire du sucre via 3 principales raffineries à Tainan (où se trouve la direction générale de la TSC), à Yunlin et Kaohsiung, elle s’est depuis ouverte à d’autres domaines comme la biotechnologie, le tourisme, la pétrochimie et l’horticulture. En outre, son passé lui a permis d’être aujourd’hui l’un des principaux propriétaires de terrain à Taiwan et dispose de sa propre marque de stations services. Elle a également investi dans le TGV taiwanais (THSR). De façon générale, elle dispose de liens forts avec les chemins de fer elle-même possédant de nombreuses lignes construites par les Japonais pour permettre le transport des récoltes vers les raffineries. Ces lignes sont connues sous le nom de Sugar Railways. Aujourd’hui, il ne reste que quelque 200km sur les 3000km que comptait ce réseau d’exploitation. Certaines, dont celle de la raffinerie de sucre à Xihu, sont aujourd’hui utilisées à des fins touristiques.

Justement, intéressons-nous à cette raffinerie de Xihu, comté de Changhua. Elle a été fondée en 1919 par Koo Hsien-jung, natif de Lukang. Un personnage important qui a joué un rôle prépondérant dans l’Histoire de Taiwan (il a ouvert les portes de Taipei aux Japonais en 1895 – premier Taiwanais à intégrer la Chambre des pairs du Japon en 1934). Sa famille est d’ailleurs toujours à la tête de l’un des groupes financiers les plus puissants de Taiwan, Chinatrust. (pour ne citer qu’un détail parmi les nombreux autres qui concernent cette famille influente originaire de Lukang).

La raffinerie de Xihu débute ses opérations en 1921 et grâce ses installations modernes, elle parvient rapidement à une production de qualité. La réussite économique de cette usine contribue particulièrement à l’enrichissement et au développement de la région. Sa capacité de production atteint des sommets après 1976 avec 4000 tonnes de canne à sucre qui peuvent être écrasées quotidiennement. A cette époque, Taiwan – Japon confondus, c’est tout simplement la plus productive des raffineries de sucre. Comme expliqué plus tôt, c’est ensuite une longue période de déclin. Peu après l’entrée de Taiwan dans l’OMC, l’usine ferme ses portes. Nous sommes alors le 1er juillet 2002. Taiwan Sugar Corporation n’arrête pas ses activités pour autant et tente de conserver l’usine en l’état. Rapidement, elle devient un site touristique majeur du comté de Changhua. Aujourd’hui, il est possible de visiter quelques-uns des bâtiments de la raffinerie où se trouve une partie de la chaîne de production : tapis de presse, centrifugeuses, fourneaux…

L’une des attractions principales reste la promenade à bord des wagons tirés par une locomotive à vapeur, modèle 346, conçue par la Société Anglo-Franco-Belge (AFB). Pour info, dans le cadre des opérations de la raffinerie, cette locomotive à vapeur est restée en fonction jusqu’en 1977, année où elle a été remplacée par une locomotive diesel. La 346 de AFB a retrouvé les rails dès 2007, cette fois-ci pour le plaisir des touristes.
Vous pouvez la voir sur cette page intéressante dédiée aux locomotives des Sugar Railways (Lignes du Sucre de Taiwan) Elle se trouve quasiment en milieu de page  » The rebuilt AFB steam locomotive #346 is under a test run at Hsi-Hu Sugar Factory. 1207« 

A noter que l’écartement des rails est de 762mm, soit la moitié d’un écartement normal – 1435mm -. Cet écartement a donné à ces lignes le surnom de « Mi-voies » ou « Voies à 50% » à Taiwan.

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