Je suis allé à Huilong !

Ces dernières années, le réseau du métro (MRT) de Taipei n’a pas cessé de s’agrandir. Nouvelles lignes, nouvelles stations, nouveaux croisements et prolongements, en réalité, la société en charge de sa gestion et la mairie de Taipei n’ont de cesse de travailler sur ce gros projet qui a terme, desservira des régions bien au-delà des limites de la capitale taiwanaise. On est cependant encore loin de tout ça. Malgré tout, avec l’ouverture de la dernière ligne en date, celle de Songshan (vert foncé sur le plan) et la réorientation de certains trajets, le réseau devient plus complexe au point que pas mal d’usagers se plaignent d’être perdus au milieu de tout ça… Je leur conseille d’aller faire un tour dans le réseau du métro de Tokyo dont le plan pourrait être une oeuvre d’art contemporain tellement c’est coloré et compliqué.

Le plan à jour du MRT de Taipei
Le plan à jour du MRT de Taipei

En fait, je n’ai pas spécialement l’intention de vous parler du métro de Taipei aujourd’hui. Mais plutôt d’une petite promenade intéressante – ou pas – qui m’a été rendue possible grâce au métro, seul vrai rôle qu’il jouera dans cette histoire du jour.

Et oui, en regardant le plan du métro de Taipei, je me suis demandé ce qu’il pouvait y avoir au bout. Nous sommes déjà allés à Danshui (terminus nord – ligne rouge), à Luzhou (terminus nord ouest – ligne jaune) à Maokong (terminus des gondoles – ligne vert clair), nous irons bientôt à Nanshijiao (terminus sud – ligne jaune), Xindian (terminus sud – ligne vert foncé). En attendant, je suis allé à Huilong (terminus sud-ouest ligne jaune). Oui… Huilong, localité de l’arrondissement Xinzhuang du Nouveau Taipei.

Question de curiosité simplement. Depuis que cette ligne a été prolongée depuis l’universite catholique Fujen jusqu’à Huilong, soit deux stations supplémentaires, peu de gens m’ont parlé de cet endroit. Un coup d’oeil sur la carte de la région montre que Huilong se trouve à la frontière du Nouveau Taipei et de Taoyuan. C’est vraiment la limite. Alors bon… voilà… mon esprit aventurier s’est réveillé et c’est ainsi que je me suis retrouvé un beau matin dans une rame de métro m’emmenant au bout du monde du Nouveau Taipei.

Il faut quand même un certain temps pour y arriver. Après avoir franchi la rivière Danshui, la ligne jaune se sépare en deux, partant soit vers Luzhou, soit vers Huilong. Notre tracé du jour passe d’abord par Sanchong, Nouveau Taipei et proche banlieue de la capitale. Ensuite, c’est l’arrondissement Xinzhuang qui s’étend en longueur. On passe par des quartiers en construction, des ruelles plus anciennes, des temples, puis l’université Fujen. Enfin, deux arrêts plus tard, c’est le terminus. (hommage à Hubert K.)

Il n’y a que deux sorties et chacune débouche d’un côté de la rue principale qui traverse Huilong. On se retrouve dehors, par chance un jour de beau temps, devant des habitations qui accusent déjà quelques décennies. Derrière, c’est une petite colline verte qui se découpe du ciel bleu azuréen. Et surtout, on se retrouve les mains sur les hanches à se demander de quel côté on va aller. A vrai dire, sur le coup, il n’a pas grand chose d’indiqué.

Bon là... on va où ?
Bon là… on va où ?

Peut-être éventuellement ce petit monastère bouddhiste nommé sobrement, « monastère de Huilong ». Après une dizaine de minutes de marche, on y accède finalement, non sans avoir franchi la limite administrative qui sépare le Nouveau Taipei de Taoyuan.

Le monastère de Huilong a quelque de particulier. Notamment sur son architecture qui présente quelques touches de la période japonaise
Le monastère de Huilong a quelque de particulier. Notamment sur son architecture qui présente quelques touches de la période japonaise

De façon assez surprenante, si le monastère apparait assez modeste, il est loin d’être dénué d’intérêt. Ce bâtiment plein pieds qui ressemble davantage à une maison qu’à un lieu religieux a été construit durant la dynastie des Qing, soit avant 1895 et fort probablement entre 1821 et 1850. Il aurait été rénové ou plutôt reconstruit en 1925 (époque japonaise) et c’est à ce moment-là qu’il a pris le nom de « Monastère de Huilong ». Le monastère est composé de 3 bâtiments mitoyens. Chacun d’entre eux est un espace réservé à un culte bouddhiste ou de croyances populaires tendance bouddhiste. Dans celui du centre, on y retrouve le Bouddha Gautama Siddharta. Le bâtiment ou pavillon de gauche est, quant à lui, dédié aux moines fondateurs et leurs disciplines qui ont pris la relève ainsi qu’aux généreux donateurs. Ce genre de pratique a encore cours dans certains temples traditionnels anciens.

L’architecture hésite parfois avec quelques touches de cette période japonaise (1895-1945) dans le sens où les murs sont d’un gris sablonneux, chose fréquente sur les bâtiments qui datent de cette période. En revanche, on retrouve aussi les toits chinois traditionnels de la Chine du Sud avec leurs bords plus ou moins incurvés vers le ciel. A l’intérieur, un minuscule escalier de bois témoigne de la présence d’une mezzanine de rangement dans le faux plafond.

Derrière, c’est une petite surprise avec la présence d’un jardin, certes moyennement entretenu, mais qui baigne dans un calme assez étrange étant donné que le site se situe juste à côté d’une rue fréquentée. Y faire un tour n’a rien de désagréable donc et surtout, on y rencontre un bassin dans lequel se dresse une statue de la boddhisatva Guanyin. Sa présence n’est pas un fait du hasard puisqu’une légende est comptée à son sujet :

Dans la commune de Shulin (juste à côté de Huilong), il y avait autrefois un ruisseau qui causait bien des torts aux villageois. A chaque période de mousson, il se transformait en un véritable torrent, détruisant tout sur son passage. Pour tenter de réduire son influence, les villageois essayaient de renforcer les rives en installant des murs de bambous qu’ils remplissaient ensuite avec des pierres et des roches. Avec plus ou moins de succès. Il se trouve qu’un jour, l’un de ces rochers s’échappa de la construction en bambou alors qu’on venait tout juste de l’y mettre. Ce phénomène se répèta quotidiennement pendant de nombreux jours. Les villageois finirent par comprendre que le rocher était certainement habité par un esprit. Ils firent alors venir un sculpteur qui lui donna la forme de Guanyin. On raconte qu’il s’agit de la statue qui se trouve aujourd’hui dans le jardin du monastère de Huilong.

Bon. Voilà une histoire peu courante. En général, il y a un phénomène positif qui s’accomplit pendant une légende de la sorte. Rien n’est dit à ce sujet et on ne raconte même pas si le ruisseau a cessé de causer des problèmes après ou non…

La Guayin du bassin de Huilong
La Guayin du bassin de Huilong

En reprenant la route au-delà du monastère, c’est un grand carrefour. Des constructions plus hautes, une autre colline parsemée de pylones haute-tension et … rien d’autre. Ah !!! Sur le coup, si je tenais la seule personne qui m’a dit que ça pouvait peut-être valoir le coup de venir ici !!! Je lui aurais répondu que « On peut tromper une personne mille fois… » Non. « On peut tromper mille personnes une fois mais on ne peut pas tromper mille personnes une personne mille fois » (comme ça vous savez peut-être quel film j’ai regardé hier soir)

Encore des marches ....
Encore des marches ….
Vraiment, je ne sais plus trop où aller
Vraiment, je ne sais plus trop où aller
En tout cas, d'autres ont l'air de savoir où aller
En tout cas, d’autres ont l’air de savoir où aller

Véritablement, c’est un peu le désert ici. Il est vrai qu’en dehors de cet ami conseiller peu avisé, les autres m’avaient prévenu qu’il n’y aurait certainement pas grand chose à voir ou faire. Après avoir tourné en rond inutilement – pléonasme – mon regard s’est porté sur un autre temple situé au bord du grand carrefour cité plus tôt. Et là, point de bouddhisme. C’est un temple de la divinité du sol, Tudigong. Une construction relativement récente, ce qui est assez visiblement grâce à ses murs plus ou moins marbrés, technique typique qui est employée aujourd’hui dans la construction des temples. Il s’agit d’un temple à deux niveaux avec une place relativement modeste pour le Taisui, la divinité en charge des affaires de l’année. Les décorations sont pour beaucoup financées par des donateurs généreux qui sont chacun remerciés pour leurs contributions. Le temple reste assez curieux dans sa conception, assez ramassé sur lui-même tandis que l’escalier qui mène à l’étage supérieur passe plus ou moins à l’intérieur en partant de la façade arrière.

Ce temple est dédié à la divinité du sol
Ce temple est dédié à la divinité du sol
Une des sculptures murales réalisées grâce aux dons.
Une des sculptures murales réalisées grâce aux dons.

Presque désèspérement, je cherche autre chose à voir. Le plan dégôté par là n’annonce pas grand chose d’autre en dehors de bureaux de Chunghwa Telecom et d’une banque coopérative locale. Finalement, j’opte pour un retour vers la station de métro, en passant le long d’un ruisseau peu engageant (celui de la légende ?).
C’est au milieu de ces ruelles et surtout après avoir emprunté un curieux passage où un raccourci pour le métro était indiqué que je me suis retrouvé perdu… plus ou moins… Des usines en tôle, des voitures abandonnées, des immeubles en mauvais état.
En premier un chemin qui longeait une usine, me voilà dans une sorte de verdure, dont des cultures qui poussent en des endroits où l’eau (usagée de l’usine d’à côté) n’est pas trop recommandée pour l’agriculture.

Et enfin, après moults retours et détours, je débouche sur l’entrée 1 de la station de Huilong.

Au milieu de ruelles typiques de la grande banlieue de Taipei. Notez le peu d'espace entre les deux immeubles
Au milieu de ruelles typiques de la grande banlieue de Taipei. Notez le peu d’espace entre les deux immeubles

Peu importe le contenu de cette histoire, ce bref passage d’une matinée à Huilong n’était pas dénué d’intérêt… même si je ne recommanderais pas forcément d’y aller, à moins que vous ne vous intéressiez vraiment aux temples et monastères, dans ce coin, le premier peut valoir le coup.

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8 réflexions sur “Je suis allé à Huilong !

  1. monplot

    Très jolie promenade comme d’habitude !! vous savez quand on est habitué au métro de Paris celui de Taipée est très simple !! pauvres taiwanais ne venez surtout pas à Paris pour le métro !! prenez le bus c’est plus typique !!

    1. D’accord avec vous concernant la complexité du métro. Je connais quelqu’un dans le bureau qui vous argumentera la contraire (Paris plus simple que Taipei).
      Mais pour le plaisir, je vous conseille de jeter un œil sur les plans des métros de Tokyo et Séoul 🙂

  2. Chloé Duval

    J’étais curieuse de savoir ce qui s’y trouvait et voilà, maintenant je sais ! Autant de temps en balade que dans le métro finalement, non ?

    1. Honnêtement, je me suis demandé pendant un moment ce qu’il pouvait y avoir. C’est vrai que le trajet est quand même un peu long, mais vu qu’il faut marcher un peu pour voir les deux trois sites intéressants du quartier, on y reste suffisament longtemps 🙂
      Surtout, y aller un jour de beau temps. Pour moi, quand il fait gris, les quartiers comme ça me foutent un peu le cafard, surtout les murs délavés et les vieilles grilles aux fenêtres… bouhh

    1. ça dépend des lignes. La toute première ligne de Taipei – marron – entre Wenshan et Neihu est presqu’entièrement aérienne. La rouge entre Xiangshan et Danshui est aussi aérienne sur une bonne moitié de son tracé.
      Les autres sont souterraines, exceptée la petite portion entre Qizhang et Xiaobitan. La portion entre Beitou et Xinbeitou reste aussi à l’extérieur.
      Pour la ligne jaune, elle est souterraine, même si j’évoque ce qu’il y a au-dessus à l’air libre sur son parcours 😉

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