La résidence de la famille Li à Luzhou

Situé de « l’autre côté » de la rivière Danshui, l’arrondissement Luzhou du Nouveau Taipei a longtemps fait office de quartier-dortoir pour la capitale taiwanaise. Avec une densité de population extrême, + de 26 600 pers/km² (13ème densité au monde), cet arrondissement s’est davantage ouvert aux « gens de l’extérieur » depuis la mise en route de la ligne de métro qui le relie au centre-ville de Taipei.

En regardant une carte de cette partie du Nouveau Taipei, à priori, on pourrait partir sur l’impression qu’il n’y a pas grand chose à voir. De plus, la plupart des stations de métro qui y sont présentes portent des noms d’établissements scolaire, ce qui laisserait penser qu’à part visiter des collèges et des lycées, c’est « Allez hop ! Circulez ! Y’a rien à voir ! »

Grave erreur… Luzhou, ce n’est pas que des immeubles, des baraques en tôle, des écoles primaires et des bureaux de poste ou de police. Loin de là ! Entre les chantiers de construction et les tours en béton se cachent quelques trésors et vestiges qui méritent d’être découverts. Comme …

La résidence de la famille LI

Derrière ces murs se trouvent bien plus qu'un espace de verdure.
Derrière ces murs se trouve bien plus qu’un espace de verdure

Au coeur de cette jungle urbaine, cette apologie du désordre architectural qu’est Luzhou, cette résidence, dont les origines remontent au milieu du 19ème siècle, fait l’effet d’une oasis au milieu du désert. Voilà un moment qu’on me parlait de temps à autre de cet endroit qui a ouvert ses portes au public en 2006, moyennant toutefois une modeste contribution à l’entrée. Cela dit, mes rares incursions dans cet arrondissement du Nouveau Taipei ne m’avaient jamais laissé de souvenir impérissable, alors l’idée de faire un saut de l’autre côté des murs de cette résidence avait fini par fuir mon esprit.

Voyons voyons ... sortir à la station Sanmin Senior High School (encore un nom d'école ...)
Voyons voyons … sortir à la station Sanmin Senior High School (encore un nom d’école …)

L’occasion finit toutefois par se présenter récemment, un jour de beau temps, l’idée de départ étant de réaliser un petit parcours touristique dans les ruelles de Luzhou afin de visiter la plupart des lieux intéressants. Hormis les temples, la plupart des lieux et musées avaient portes closes, ce qui est toujours plaisant pour le visiteur qui a fait le déplacement pour se retrouver devant un panneau – Aujourd’hui on ne travaille pas – (Le Guide Michelin de Taiwan n’est plus à jour depuis longtemps).

Heureusement pour moi – et pour vous sinon il n’y aurait pas de post sur ce sujet – ce n’était pas le cas de cette résidence qui est cachée entre les immeubles.

Comme indiqué un peu plus haut, l’entrée s’effectue via une porte et un petit guichet où il est obligatoire de s’affranchir d’un ticket. La somme n’est pas excessive, entre 60 et 100NT$. Mais vous pouvez quand même obtenir un rabais de 20% si vous vous présentez à l’entrée avec 19 de vos amis….

Quoi qu’il en soit, une fois l’épreuve de l’entrée traversée, c’est un décor assez surprenant qui vous attend. Pourtant simple et épurée, cette résidence d’un style ancien dénote franchement avec le reste de la ville. Ne serait-ce que son jardin pour commencer, une étendue verte composée d’arbres, de haies courtes et d’un petit étang. Autant vous dire que vous ne retrouverez pas ça ailleurs à Luzhou.

Voilà qui représente une belle surface tout de même !
Voilà qui représente une belle surface tout de même !

Quant à la résidence en elle-même, sa première version, beaucoup plus petite et plus simple que la version actuelle, a été construite en 1857. A l’origine, elle se trouvait au milieu de rizières et d’une vaste étendue de terre. La deuxième génération de la famille Li qui avait immigré à Taiwan depuis la province chinoise du Fujian avait ainsi choisi cet endroit pour y exploiter le sol. Et puis, en 1895, la troisième génération a fait appel à un architecte chinois pour agrandir la résidence, ses habitants devenant de plus en plus nombreux. Ces travaux se déroulèrent entre 1903 et 1906 et le résultat est en quelque sorte ce que nous pouvons voir aujourd’hui.

La cour principale de l’aile gauche de la résidence

Si de par son apparence, cette résidence peut paraître colossale, elle est toutefois construite à l’aide de matériaux simples et peu coûteux. Les techniques de constructions sont également simples et chaque pièce d’habitation se veut fonctionnelle, les chambres disposant notamment de mezzanines utilisées pour le stockage et le rangement d’affaires.
Mais oui… tout de même, l’ensemble représente 9 salons principaux, 60 pièces et chambres et 120 portes. Sans compter les cours principales et secondaires… Ce qui vous donne une idée du nombre de personnes qui devaient y résider à une certaine époque.

Les couloirs sont parfois étroits
Les couloirs sont parfois étroits

Le principal intérêt de cette résidence ne repose toutefois pas sur ces quelques chiffres balancés en vrac. C’est ici qu’est né en 1906 Lee Yu-pang, 5ème génération de la famille et surtout premier général de Taiwan. Ferme opposant à l’occupation japonaise de Taiwan et pour cette raison recherché par la police, il s’est réfugié du côté de la Chine où il a suivi un enseignement militaire à l’Académie de Huangpu. Lee Yu-pang y fréquenta un certain nombre d’officiers qui rejoindront le Parti communiste chinois. Lee Yu-pang s’est lui aussi prononcé en faveur d’un Taiwan indépendant et s’il ramena à Taiwan le tout premier drapeau de la République de Chine, son retour au pays après la défaite du Japon en 1945 ne lui offrira qu’un bonheur de courte durée.

Deux canards emprisonnés... Peut-être faut-il y voir un symbole
Deux canards emprisonnés… Peut-être faut-il y voir un symbole

Cette proximité avec les communistes le desservira dès 1947. Peu après les événéments du 28 février, il se retrouve sur une liste d’opposants et se fait arrêter. Il est alors envoyé à Nankin où il purge une peine de 3 mois avant d’être relâché. De retour à Taiwan, il est nommé vice-président du comité de reconstruction de la province de Taiwan. Quelques années plus tard, en pleine période de Terreur Blanche, Lee Yu-pang est dénoncé comme « bandit-espion » (pendant longtemps, le terme 匪 bandit a été assimilé aux communistes). Emprisonné à nouveau, il est exécuté en 1952 comme un bon nombre d’autres personnes supposées être (à tort ou à raison) contre le régime de Chiang Kaï-shek.

Pendant longtemps, son épouse s’est battue pour obtenir des excuses, réparations, ainsi qu’une vraie place pour le respect des Droits de l’Homme à Taiwan.

En 1985, la résidence obtient le statut de monument historique de catégorie 3. Une longue période de restauration est entreprise et finalement, c’est en 2006 que la résidence ouvre enfin ses portes au grand public. Le nom officiel de Mémorial du Général Lee Yu-pang est un hommage à cette figure d’opposition au régime japonais à Taiwan.

Ah oui… juste un détail : c’est fermé le lundi ! 😉

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