Il était une fois la ruée vers l’or

Il y a un peu plus de trois ans, je vous avais déjà emmené une fois dans cette petite commune de Jinguashi, l’une des cités les plus riches de toute l’Asie au début du XXème siècle. Aujourd’hui, nous y retournons une nouvelle fois pour creuser un peu plus ce qui entoure cette commune au destin assez particulier.

Comme un air de cité fantôme
Comme un air de cité fantôme

Dans une époque finalement pas si lointaine de nous, cette colline à  » la Citrouille Dorée » Jinguashi, était sans nul doute l’un des territoires de la tribu aborigène aujourd’hui disparue des Ketagalan. Vers la fin du XIXème siècle, alors que Taiwan développe son réseau ferroviaire sous la direction du gouverneur chinois Liu Mingchuan. L’histoire nous raconte qu’un ouvrier avait aperçu une pépite d’or alors qu’il nettoyait des affaires dans les eaux de la rivière Keelung au niveau de la ville de Rueifang, aujourd’hui dans le Nouveau Taipei. Cet événement marqua le début d’une véritable ruée vers l’or avec tout ce que cela implique. L’or fait tourner bien des têtes et pour dénicher de nouveaux filons du métal précieux,  les autorités feront alors tout pour arriver à leurs fins.
C’est en remontant progressivement la rivière que les hommes sont arrivés à Jiufen et Jinguashi. La première est aujourd’hui connue pour avoir servie de décor pour l’un des films de Hou Hsiao-hsien : « La Cité des Douleurs ». Elle a surtout montré une grande richesse en charbon. La seconde se trouve juste de l’autre côté de la crête, avant que les collines ne replongent vers les eaux de la Mer de Chine. Les aborigènes qui vivaient par là ont vite été chassés pour laisser la place aux exploitations minières.
Je ne vais pas parcourir une nouvelle fois toute l’histoire de cette commune montée de toute pièce. Il faut surtout savoir que la véritable exploitation des lieux a débuté avec l’arrivée des Japonais à Taiwan en 1895. Ces derniers sont venus avec leurs technologies et connaissances plus avancées que celles de la Chine. Le premier quart du XXème siècle est à juste titre la période « dorée » de Jinguashi qui devient à la fois l’une des villes les plus riches de toute l’Asie et l’un des principaux fournisseurs en or de l’Empire du Soleil-Levant. L’endroit, autrefois lieu de verdure est devenu le théâtre d’une exploitation effrénée. La « Citrouille Dorée », rocher situé au-dessus du village, est réduite en poussières lors des travaux de minage. Les collines sont percées à différents niveaux d’altitude. A l’intérieur, c’est un véritable réseau de mines qui sera creusé pour un total de 600km… !
L’utilisation de produits chimiques, cyanures et mercures, dans le processus de raffinement a fait disparaitre toute la verdure environnante. Il ne restait alors plus que des pans de collines aux couleurs rougeâtres, jaunâtres, grisâtres … quelque chose oscillant parfaitement entre l’incroyable richesse enfouie sous terre et la mort qui planait au-dessus de Jinguashi.

Le site, qui rassemblait toutes les étapes de la raffinerie, a été construit dans les années 1930 et est resté actif jusqu'en 1985, date de sa fermeture
Le site, qui rassemblait toutes les étapes de la raffinerie, a été construit dans les années 1930 et est resté actif jusqu’en 1985, date de sa fermeture

Vers les années 1930-1940, les Japonais ont mis en place tout un système de raffineries de l’or et des autres principaux métaux présents dans les collines de Jinguashi, dont le cuivre. Ces installations ont été utilisées pendant plusieurs décennies, même bien après le départ des Japonais de Taiwan en 1945. Les autorités chinoises du continent ont eu vite fait de reprendre à leur compte les exploitations et installations liées. Ce travail d’extraction s’est poursuivi jusque dans les années 1980 et s’est arrêté en raison de son manque de rentabilité. Il y a trois ans, en plein milieu de cette crise économique qui n’est toujours pas terminée, plusieurs députés ont évoqué l’hypothèse de relancer l’exploitation dans le but de renflouer les caisses de l’Etat. On suppose qu’il reste encore une quantité non-négligeable d’or dans ces collines de Jinguashi, mais une véritable reprise des activités demanderait un investissement faramineux. Ce serait un véritable coup de poker en sorte.

Il pleut souvent ici...
Il pleut souvent ici…

Du coup, la partie basse de Jinguashi, celle qui se trouve aux abords de la Mer de Chine, n’est guère plus qu’un lieu où se dressent les vestiges de ces anciennes raffineries. Comme vous pouvez le voir sur les photos, on a parfois du mal à croire que l’endroit était encore actif dans les années 1980. En même temps, ça fait déjà plus de 30 ans, je vous l’accorde. Mais jamais il n’a été décidé de nettoyer l’endroit de ces restes de ciment. Alors oui, ça donne un certain cachet à l’endroit, surtout que l’endroit est dans la brume une bonne partie de l’année, mais bon …

Une route permet de rejoindre Jinguashi
Une route sinueuse permet de rejoindre Jinguashi

Cette ancienne raffinerie se dresse juste devant une baie naturelle appelée « Baie Yin-yang » en raison du phénomène qui s’y produit. Avec les exploitations et les eaux qui ont été rejetées dans la baie, des réactions chimiques ont eu lieu avec notamment du Fe3+ qui est difficilement soluble dans l’eau. Le tout forme une sorte de symbole taoïste Yin-yang.

Depuis le bord de mer, on peut aisément rejoindre le centre ville de Jinguashi en suivant une route assez sinueuse, dont la portion bien-nommée des « 9 virages ». Un endroit particulièrement apprécié des photographes et amateurs de longues expositions. On y croise de même quelques cours d’eau riches en minéraux, le tout donnant une couleur assez particulière à la roche.

Un exemple de ces fameuses cascades dorées
Un exemple de ces fameuses cascades dorées

Ce phénomène s’explique par la grande quantité de pluie qui s’abat chaque année sur Jinguashi. L’eau s’infiltre dans le réseau de mines présent sous terre et vient en contact avec de la pyrite et de l’énargite, en gros du fer et du cuivre. L’eau devient acide et catalyse différents minerais qui donnent la couleur à la terre en surface au contact des sources. On appelle l’endroit les « cascades dorées ».

5 réflexions sur “Il était une fois la ruée vers l’or

  1. DanielB

    Combien a t-on eu de tonnes d`or des minages?Il pleut beaucoup sur le Québec c`est temps-ci comme sur les photos de Jinguashi.On se croirait en pleine mousson!

  2. Taïwan n’en finira jamais de nous étonner par ses paysages atypiques.
    Ce serait une mine d’or (c’est le cas de le dire) pour l’Etat s’il restait encore des veines non exploitées mais il faut espérer que cette récolte se fasse dans le respect de l’environnement contrairement à une époque où l’homme n’avait pas conscience de l’impact de son action sur la planète.

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