Arnaud et sa partition de vie musicale

Sur le toit de RTI

Se prêter au jeu de l’interviewé, voilà l’une des coutumes du service français, et le tour d’Arnaud Lechat qui nous a rejoint en tant que pigiste est arrivé. Vous aurez reconnu votre animateur de ‘Désorientales’, programme dédié aux musiques taiwanaises, et elles sont nombreuses… Vous connaissez déjà bien sa voix posée et harmonieuse qui vous emporte toujours plus loin dans la découverte de différentes facettes des musiques et instruments insulaires, mais aujourd’hui il est l’heure pour lui de nous donner le ‘La’ de sa partition plus ‘personnelle’.

Bonjour Arnaud. Merci de nous accorder quelques minutes. Je vais porter la voix des auditeurs qui aimeraient mieux connaître leur présentateur radio en te posant quelques-unes de leurs questions. Alors, comme il est de coutume pour débuter, pourrais-tu nous dire quel ‘bon vent’ t’as amené jusqu’à Taiwan ?

Je suis arrivé à Taiwan en 1997 la première fois ici en échange universitaire, étant scolarisé au département des Langues Orientales à Paris. Au fil de nombreux allers et retours, cela fait presque quinze années à Taiwan, dont les dernières 12 années sans discontinuer. Cette île m’a plu dès la première fois, et les nombreuses options de trouver un travail en tant que professeur de français joint aux multiples opportunités de pouvoir participer à des activités artistiques musicales m’ont beaucoup tenté.

Tu sais, on est appelé par une troupe de danse pour faire de la musique, puis une autre, et puis après on rencontre sa femme taiwanaise, et après on se marie, et après, et après… on reste ici.

 

Il y avait donc à la base également une acroche musicale, une envie de découverte d’une autre culture…

Oui, l’envie a toujours été présente. L’exploration s’est finalement effectuée sur le continent asiatique, mais si à la fac j’avais étudié l’hindi, j’aurais probablement été en Inde. J’ai commencé à faire de la musique tout petit, donc j’étais intéressé par tous les styles musicaux. Les cours de chinois sur l’opéra, sur le théâtre ont aussi alimenté ma curiosité d’en apprendre plus sur la scène musicale taiwanaise.

L’animation de ton programme ‘Désorientales’ axé sur la musique taiwanaise répond donc à une envie d’aller encore plus en profondeur dans ce domaine, ou plutôt à une envie de partager avec les auditeurs ce que tu as appris et découvert durant toutes ces années passées ici?

En fait, c’est sur plusieurs niveaux, j’en décèle trois. Oui, tout d’abord il y a un point de vue très personnel pour satisfaire ma propre curiosité et puis c’est également tourné vers les auditeurs. Enfin, j’anime aussi ce programme pour les personnes que je rencontre et que j’interviewe.

D’un point de vue personnel, cette émission me permet d’approfondir mes recherches sur le domaine musical taiwanais même si je possède déjà quelques clés de compréhension et ça me pousse à améliorer mon niveau de taiwanais. En préparant une série d’émissions sur le style Beiguan, j’ai réalisé que je n’avais encore jamais vu un opéra Beiguan. Et voilà pas qu’il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion d’en voir un alors qu’il n’y en a presque plus, peut-être 5 ou 6 par an seulement. Cette émission est donc un excellent prétexte d’accomplir tout ce que je me disais… ‘Tiens, un jour il faudra que je prenne le temps de faire ça’…

Cette émission est tournée vers les auditeurs aussi bien entendu car j’ai envie que par la voix de la radio, ils aient l’impression de ressentir Taiwan par la musique et vibrer par la voix des interviewés.

Et justement aussi enfin pour ces dernières personnes justement. Par exemple, pour les vieux Nakashis que j’ai rencontré, ils sont heureux que, enfin, il y ait quelqu’un qui s’intéresse à eux. En quelque sorte, cette émission leur rend hommage.

 

Est-il facile de déceler les personnes clés à Taiwan des différents genres musicaux et ensuite de les faire parler ?

Le challenge, c’est toujours d’arriver à se faire présenter par… Les Nakashis forment une communauté en elle-même, les joueurs de musique classique chinoise en forment une autre, les Beiguan, c’est encore autre chose… Il y a des passerelles alors il faut pour pouvoir en profiter réussir à se faire présenter pour être bien accueilli et que les langues se délient.

Mais je dirais que la difficulté principale de cette émission, c’est que chaque interviewé a sa propre vérité, sa propre version, et qu’il s’agit donc d’interviewer beaucoup de monde, de tendre l’oreille ici et là… Il ne faut pas croire tout ce que chacun raconte. Au vu de leur âge avancé, ils se perdent souvent dans leur mémoire. Ils vous disent ‘les jeunes’, mais les jeunes pour eux sont peut-être des personnes qui ont déjà 60 ans passés… De plus, il faut s’accrocher, car la culture est chargée et leur monde traditionnel musical s’écroule autour d’eux. C’est peut-être la dernière fois pour certains qu’ils donnent des interviews.

Après les interviews, ils s’agit de tout mixer au studio pour donner forme à l’émission….

Il me semble que tu joues aussi de plusieurs instruments de musique. Est-ce que cela t’aide à créer un lien avec tes interviewés ?

Je joue un peu de presque tous les instruments de musique, sauf peut-être du violon et de la trompette…
Et le cor de chasse ?

(Rires…) Oui, et j’avoue, excepté le cor de chasse. Mais tu ne crois pas si bien dire car j’apporte souvent un ou deux instruments de musique avec moi lors des interviews. Lorsque je réalisais ma série d’émissions sur le Nakashi, j’amenais une clarinette, car c’est un instrument qui se marie facilement avec ce style de musique. Au final, ça m’a bien servi et ça les a même fait chanter. Ca dépend vraiment de la personne que je vais voir. Pour le Beiguan, le fait de jouer avec mes interviewés m’a également permis de saisir les variantes entre les deux styles de musique principaux et c’est en jouant avec eux que j’ai réussi à ressentir la différence entre les deux écoles. Nous sommes entre musiciens donc il y a un courant qui passe. J’aime garder cette opportunité de pouvoir jouer ensemble si cela se présente et en plus, parfois il m’offrent des instruments. Par exemple, j’ai deux suona (bombarde chinoise) maintenant.

 

Chapeau ! haha… ‘on a jamais un suona de trop’, comme pourrait décliner une expression qui pourrait être inventée pour toi. Au final, j’ai cru comprendre que tu aimes concevoir tes émissions comme une partition de musique, c’est bien ça ?

Oui, tout à fait. C’est à dire que chaque émission se tient en elle-même mais plus on avance dans une série, elles s’imbriquent les unes aux autres pour former un tout, tel un squelette qui grandit selon des cycles bien précis. Reste à voir jusqu’où tout ceci va m’amener, mais déjà il y a un petit cheminement entre les cycles, on est dores et déjà bien rentré dans l’ambiance taiwanaise dans ce programme radio.

Ah oui, une dernière question peut-être. Tu animes un blog que tu as créé spécifiquement pour venir garnir cette émission ‘Désorientales’. Est-ce que tu pourrais dire aux auditeurs qui nous lisent ce qu’ils peuvent y trouver…

Ce blog me permet d’un côté de passer des morceaux de musique que j’évoque dans mes émissions ou encore de diffuser des vidéos prises lorsque je joue de concert avec mes interviewés. D’autre part, cela permet ainsi de faire découvrir les versions originales des morceaux aux auditeurs de RTI à l’étranger. Merci Youtube !

http://desorientales.blogspot.tw

Et bien merci Arnaud, et continue de nous faire vibrer au son des musiques taiwanaises….

Merci ! Reste à voir jusqu’où l’avenir de la partition musicale nous mènera…

Arnaud vous emporte avec lui dans ‘Désorientales’ en deuxième partie de programme tous les mercredi…

14 réflexions sur “Arnaud et sa partition de vie musicale

    1. Bonjour Roselyne. Oui, ça fait 8 ans que j’apprends le erhu et je dois dire que c’est l’un des instruments les plus difficiles ! Mais il me sert beaucoup pour créer des liens avec les gens par exemple lors de mon documentaire télévisé sur l’opéra taiwanais et pour les émissions de radio (opéra Beiguan, chansons de séduction lors de la cueillette du thé etc…)

  1. Lalith Castelino

    salut Arnaud un coucou de Paris. Heureux de voir que la musique et la civilisation chinoise et/ou taïwanaise te passionne toujours autant !!!! Amitiés Lalith

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