Les fantômes guettent

 Dans la tradition chinoise, le 7eme mois lunaire est considéré comme le mois des fantômes. Ce culte, qui marque un temps fort dans les fêtes religieuses annuelles, a évidemment trouvé une place sur les bateaux qui ont emmené les immigrés chinois vers les rivages taïwanais.

En cette année 2012, cette terrifiante période durant laquelle nos rues seront livrées aux fantômes, monstres et autres âmes errantes débutera le 17 août. Pas la peine de vérifier vos calendriers, c’est bien aujourd’hui que tout (re)commence.
 

Qu’ils versent dans le taoïsme, le bouddhisme ou encore les croyances populaires, les chinois et les taïwanais croient fermement en l’existence d’un, voire de plusieurs enfers.
L’arrivée du bouddhisme sur les terres chinoises a cependant apporté une touche nouvelle à ces croyances dans le sens où cette religion venue d’Inde a ouvert une porte vers le Paradis tant convoité par les humains. L’immortalité si longtemps désirée enfin à la portée du commun des mortels. Auparavant, seuls les grands maîtres du taoïsme et ceux qui maîtrisaient les arcanes secrètes de cette religion semblaient avoir accès aucun mondes des dieux et des immortels, les âmes lambda étant condamnée à renaître sans cesse lelong du cycle infernal des réincarnations.
 
Alors est arrivé le boddhisatva Ksitigarbha, lui qui avait fait vœu de sauver toutes les âmes perdues dans les enfers et coincées dans le cycle des réincarnations.
 

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Portant le titre de boddhisatva, Ksitigarbha n’est donc pas un bouddha. À l’instar de Guanyin (ou Kuanyin selon les orthographes et les régions) il a atteint le niveau d’illumination proche de celui d’un bouddha. En réalité, il a prononcé le vœu de ne devenir bouddha qu’une fois que toutes les âmes seront sorties des enfers et auront quitté le cycle des réincarnations.
En effet, la notion de rétribution est forte dans le monde chinois. Chaque nouvelle vie est, pour une âme, une nouvelle opportunité de faire mieux que la fois précédente, une occasion nouvelle de racheter ses erreurs, de se perfectionner pour se rapprocher de l’illumination ou de l’immortalité.
 
Nous l’avons compris, Ksitigarbha intervient lui dans la version bouddhiste du cycle des réincarnations. On raconte qu’il y a longtemps, alors probablement de sexe féminin, Ksitigarbha était deja vouée corps et âmes à faire le bien autour d’elle. Sa mère était au contraire tout l’inverse de sa fille, multipliant les mauvais actes et les médisances. À tel point qu’une fois l’heure du jugement de son âme arrivée, elle fut jeté dans les profondeurs obscures des enfers avec une lourde peine à essuyer et peu de chance de s’en tirer à dire vrai. Le cœur bon et peinée de voir sa mère, aussi mauvaise fut-elle, réduite à un sort aussi funeste, Ksitigarbha s’est alors adressée au Bouddha Shakyamuni dans l’espoir de trouver une solution. Ce dernier lui a alors indiqué qu’il existait bien un moyen, une méthode qui consistait à prendre sur ses épaules le fardeau des erreurs de ses aïeuls et de les compenser en récitant des prières, probablement le Sutra du Diamant.
 
C’est ainsi qu’une fois son œuvre accomplie, promise à une place dans le Nirvana et sa mère repêchée des Enfers, Ksitigarbha a alors formulé ce vœu qui a demandé une force de courage extrême. Depuis, toute âme sait qu’il existe une porte de sortie au Destin des réincarnations. Celle-ci s’ouvre à force de travail sur soi-même et de prière, peu importe la religion, du moment que vous œuvrez pour le bien.
Quant à Ksitigarbha, il est possible de le/la croiser dans les ténèbres qu’il faut parcourir vers une vie nouvelle. Ksitigarbha est la pour vous conseiller du chemin à prendre et vous éviter de tomber dans les profondeurs infernales. Encore faut-il être suffisamment lucide pour le reconnaitre lorsque le moment sera venu.
 
Aujourd’hui, Ksitigarbha est un personnage connu à travers tout l’Extreme-Orient, en Corée du Sud et au Japon. Chez les nippons, il est notamment sollicité lors du décès d’un enfant en bas-âge. Il n’est pas rare de le voir répresenté sous la forme d’une petite statuette de bonze. Les mères en peine lui accrocheront généralement une écharpe autour du cou.
 
Ksitigarbha est l’un des personnages clé du bouddhisme. En effet, l’enseignement du bouddhisme repose sur le seul objectif d’atteindre l’illumination, de quitter la réincarnation.
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3 réflexions sur “Les fantômes guettent

  1. Louis BELLE

    ce texte est très enrichissant ; je voudrais savoir si pour atteindre l’illumination l’on avoir un régime alimentaire particulier.

    1. Pas forcément. Il n’y a pas une voie, mais une multitude conduisant à l’illumination. Chez les bouddhistes, le régime alimentaire n’est qu’un élément de leur perception de la vie, l’idée étant de ne pas causer ou d’être à l’origine de la mort d’un être. Chez les taoïstes, des régimes alimentaires sont parfois évoqués dans la quête de l’immortalité. Mais pour ce qui est de l’illumination, la quête du savoir et de la compréhension est plus importante que l’absorption alimentaire 🙂

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