Chefs d’oeuvres de l’artisanat d’art de luxe

Une fois n’est pas coutume, toutes les fins d’années, et ce depuis 18 ans, les pièces maîtresses des artisans-artistes ayant remporté la compétition nationale d’artisanat de luxe sont exposées à la capitale : The Taiwan Craft Competition. Il faut s’aventurer jusqu’au dernier étage du gratte-ciel du grand magasin Mitsukoshi du quartier chic de Xinyi où trône la Tour Taipei 101 pour admirer les pièces les plus onéreuses de ce bâtiment commercial. On y trouve tout ce dont on peut rêver pour un aménagement intérieur de son chez soi luxueux et à forte note insulaire.

La tribu des Amis de l'île des orchidées devant un bateau de pêche au poisson volant

Les artistes présentent leurs oeuvres sous deux catégories : celle des arts traditionnels où l’on retrouve des pièces d’art des dynasties chinoises revisitées au gré de l’imagination des artisans ; et celle de l’art dit ‘novateur’, à savoir une reconceptualisation de l’héritage culturel et historique artistique insulaire au goût du jour. La touche novatrice de cette dernière catégorie consiste essentiellement à faire usage des nouvelles techniques de réalisation que ce soit en menuiserie ou dans le travail du verre dans le processus de création.

Il s’agit de la compétition nationale la plus réputée de Taiwan dans le domaine de l’artisanat d’art et également à ce titre la plus porteuse d’espoir pour les artisans participants de se faire connaître à l’étranger . En effet, la niche du luxe à l’échelle internationale reste encore peu accessible et les artistes taiwanais, nouveaux acteurs en la matière, ont fort à faire pour démontrer aux galeristes et collectionneurs étrangers leur émancipation du traditionnel sigle ‘made in Taiwan’ qui perdure encore malheureusement dans les esprits de plus d’un. Ils s’agit donc pour eux de tirer partie de cette compétition pour présenter, dans un ensemble d’artisans aux spécialités diverses, une nouvelle marque de fabrique taiwanaise de qualité.

Convaincue de l’habileté et du talent de biens des artistes taiwanais, je l’étais un peu moins du caractère exportable de cette branche de l’industrie de l’artisanat. Mais je suis restée époustouflée devant le savoir-faire des artisans et leur travail de minutie extrême transparaissant dans la réalisation des oeuvres présentées. Certaines de ces pièces ont de toutes apparences demandé des mois et des mois de travail… et pour la visiteuse que je suis, des dizaines de minutes de contemplation pour en saisir tous les détails.

Regardez par exemple, dans la catégorie des pièces antiques revisitées, cette carafe à alcool en argent réalisée par l’artiste Wang Zheng-tai (王正太) digne d’une pièce du service de table d’un des empereurs de Chine… Le décor est des plus rafinés et on y trouve maintes effigies d’animaux porteurs de symboles fastes dans les croyances orientales.

Tout d’abord, l’anse et le bec verseur de la carafe à l’effigie de deux dragons tout-puissants. Le corps de la carafe est relié au bec verseur par la représentation d’une chauve-souris aux ailes déployées, symbole du bonheur. Des carpes chinoises, signe d’abondance, évoluent à la nage dans la rondeur de la partie inférieure de la carafe . Le promontoir attenant de la carafe est orné sur ses six faces du caractère ‘寿’ qui signifie la ‘longévité’. Enfin, vous remarquerez que la carafe est chapeautée d’un tigre qui trône fièrement sur l’édifice, animal aussi bien effrayant pour tous que protecteur des enfants.

Ce n’est pas simplement au vu de la minutie de la réalisation de cette pièce que je vous disais qu’elle aurait pu être destinée à la table de l’empereur. Non, traditionnellement, la représentation du dragon sur les pièces du service était réservée exclusivement à la personne de l’empereur, seule être sur terre à personnifier la toute-puissance de l’animal légendaire…

A mon goût, cette carafe représente aussi très bien l’esprit de cette exposition : une pièce d’art très esthétique et qui présente une facette de l’héritage historique oriental, mais qui a une visée pratique. Quoique… si cette carafe devenait une pièce de mon service de table, je ne la sortirais très certainement que si l’impératrice venait me rendre visite pour une conversation raffinée autour d’un verre d’alcool de riz… Au moins, cette carafe me fournirait matière à discussion sans fin…

Dans la même catégorie des pièces de l’art traditionnel, voyez aussi donc ce service à thé en racine de bambou de sept pièces de Dai Zhi-xian (戴志賢): théière, tasses, support à tasses, verseur à feuilles de thé… La coupe du bambou est aussi bien horizontale que verticale conférant un cachet supplémentaire et une touche d’unicité requise pour un service de luxe.

Dans cette catégorie, une dernière pièce m’a sauté a l’oeil… il s’agit d’une boîte… Et comme beaucoup de jeunes filles, les boîtes m’ont toujours fascinées bien plus pour leurs décors que pour les trésors à y cacher. Celle-ci est un trésor en elle-même. Elle a l’apparence d’un panier à vapeur de raviolis traditionnels à un étage, présentant jusqu’au tressage des tiges de bambous alors que ce n’est qu’une illusion d’optique. Elle est en fait confectionnée en cuir de porc. Son couvercle quant à lui rappelle un gâteau traditionnel taiwanais gonflé et caramélisé à la sortie sorti du four… et orné d’une fleur de lys blanche… d’où la subtilité du nom de cette boîte ‘百年好盒’. S’il s’agit de la formulation d’usage pour souhaiter aux jeunes mariés une vie de couple centenaire  ‘百年’ , le dernier idéogramme est celui de la fleur de la boîte ‘盒’ alors que la prononciation de la fleur de lys en mandarin est très proche : ‘百合’.

Comme vous avez pu vous en rendre compte, ils s’agit pour les artistes taiwanais d’incorporer des symboles traditionnels dans la confection de leurs oeuvres, destinée à un public tout aussi insulaire qu’étranger. L’esthétisme en effet des symboles orientaux porte toujours sa part d’exotisme en Europe et devient ainsi une niche à exploiter pour les taiwanais, devenant ainsi leur marque d’artiste taiwanais. Mais attention, il leur faut trouver la juste mesure en la matière, car une trop forte touche insulaire ne saurait s’intégrer dans un aménagement intérieur de foyer occidental….

Pour en apprendre davantage sur cette exposition, vous pouvez écouter ‘l’art du temps’ du jeudi 15 décembre en rediffusion ici

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11 réflexions sur “Chefs d’oeuvres de l’artisanat d’art de luxe

  1. D...illon

    Effectivement, des pièces magnifiques et si Aurélie nous les avait très bien décrites dans son émission sur l’art du temps, les photos sont un excellent complément.

  2. Quels Chefs d’oeuvres de l’artisanat d’art de luxe deTaiwan !, j’ai particulièrement apprécié ce service à thé de luxe en racine de bambou de sept pièces de Dai Zhi-xian (戴志賢): théière, tasses, support à tasses, verseur à feuilles de thé…Car, j’aime beaucoup goûter au thé chinois.

  3. Dis donc, quel travail, ya vraiment de trés jolies pièces , un véritable travail d’artiste qui vaut véritablement la peine d’etre exposé.. c’est impressionnant effectivement cette finesse, ca reste un objet rare et luxueux, bravo aux artistes taiwanais.

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