Les cochons de la discorde politique

La campagne électorale bat son plein. Les candidats ne sont pas encore tout à fait officialisés (le ministère de l’intérieur recompte en ce moment-même les signatures de soutien), mais ces derniers n’ont pas attendus pour se jeter corps et âme dans la bataille.
Les campagnes électorales, c’est souvent un véritable champ de bataille où tous les coups, surtout les plus bas, sont permis. C’est l’occasion de sortir ou ressortir des affaires douteuses sur tel ou tel candidat. Bien souvent, des choses que tout le monde savait déjà auparavant et que seuls les adversaires semblent découvrir à ce moment précis.
Cette fois-ci, la présidentielle s’annonce très tendue. Tout d’abord, l’ancien poids lourd du KMT, Soong Chu-yu (PFP), a décidé de tenter sa chance. Ensuite, les sondages des médias montrent un rétrécissement progressif de l’écart entre Ma Ying-jeou (KMT) et Tsai Ing-wen (DPP). Aux dernières nouvelles, même le United Daily, un journal plutôt pro-KMT, titrait que les deux principaux candidats étaient toujours plus proches l’un de l’autre.

Pourtant, on ne peut pas dire que les candidats partent sur un pied d’égalité. Notamment en ce qui concerne le financement de leur campagne. Pour sa part, le KMT dispose d’importants fonds et peut financer sans problème les campagnes de ses candidats à la présidentielle et aux législatives. Pour Soong Chu-yu, fondateur du PFP, ça s’annonce assez compliqué. Le PFP est un tout petit parti. Quant au DPP, les fonds disponibles sont assez limités. Lorsque Tsai Ing-wen a pris la tête du parti en 2008, le DPP frôlait la faillite. Un bilan qu’il a fallu redresser avant de s’attaquer aux directions politiques du parti.

Bref, on peut s’intéresser un instant sur la manière dont Tsai Ing-wen compte financer sa campagne. C’est, parait-il, une histoire de cochons…

Les cochons-tirelires du DPP, une initiative qui a relancé Tsai Ing-wen dans la course à la présidentielle de 2012

… des cochons en plastique, je vous rassure.

Tout est parti d’une polémique au sujet des dons pour le DPP. Sur ce point, Tsai Ing-wen compte sur l’aide de la population et des partisans du DPP. En soi, c’est un peu différent des précédentes grandes campagnes électorales. La présidente du DPP préfère se détacher des grands groupes financiers qui pourraient éventuellement l’aider à financer sa campagne. Quelques semaines plus tôt, alors qu’elle donnait un meeting, des enfants lui ont offert des dons contenus dans des petites tirelires en forme de cochons. Réaction immédiate du parti au pouvoir qui a demandé à la candidate de l’opposition de rendre ces dons précis, les personnes les ayant offerts n’étant pas majeures. Réaction des partisans -majeurs cette fois-ci- du DPP qui ont décidé de reprendre à leur avantage cette idée de cochons-tirelires pour faire des dons à leur candidate.

Difficile de dire si cette initiative sera fructueuse ou non, mais elle a provoqué, pour le moment, un véritable engouement. C’est un tel succès que le parti s’est vite retrouvé en rupture de stock de cochons, obligé de demander aux fournisseurs d’en produire à nouveau. Jusqu’à présent, les cochons en question sont distribués lors des meetings de Tsai Ing-wen qui se déplaçait ces derniers dans les différents quartiers de Taipei. Il est possible aussi d’en acquérir un – gratuitement – dans l’un des bureaux de campagne du DPP.

Dis-moi qui tu es et combien tu donnes et peut-être je te dirais si tu es valable ou pas

La polémique autour de ce plan de cochons ne s’arrête pas là pour autant. Des questions sont posées quant à la légalité de ces dons. De plus, le KMT a lui aussi questionné le DPP sur les utilisations de matière première et le futur recyclage des cochons en plastique. Que vont-ils devenir une fois la présidentielle terminée ?
De son côté, le DPP estime que ces petits objets en plastique pourront être réutilisés comme tirelire, leur fonction première, ou comme souvenir. Quant à la légalité des dons. Toute personne souhaitant en faire doit donner ses coordonnées ainsi que la somme correspondante.
Il est vrai cependant que le contrôle de ces dons risque d’être une affaire complexe pour le principal parti de l’opposition.

Quoiqu’il en soit, depuis le lancement de cette opération, Tsai Ing-wen a repris du poil de la bête dans les sondages. Coïncidence ou manoeuvre réussie ? En gros, seuls 2 points pourcentage séparent actuellement le président du KMT, Ma Ying-jeou (40% d’intentions de vote), de son homologue du DPP, Tsai Ing-wen (environ 38% d’intentions de vote). Soong Chu-yu du Parti pour le Peuple (PFP) est troisième avec 9-10% des intentions de vote.

Il ne reste que 57 jours – oui 57 comme la Moselle – avant le jour J des élections présidentielles … et législatives, on a tendance à l’oublier.

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4 réflexions sur “Les cochons de la discorde politique

    1. Sur le principe, on dira oui. Par exemple, les candidats se retrouvent lors de débats télévisés où les temps de parole sont … contrôlés.
      Mais sur la pratique, c’est loin d’être ça. Les chaines de news continues étant colorées politiquement parlant, elles se focalisent très largement sur tel ou tel candidat.
      Donc au final, il n’est pas étonnant de voir plus souvent un candidat en particulier. Surtout s’il rejoue un second mandat

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