Le temple des 18 rois-marins, 十八王公廟

Ces dernières semaines, dans l’émission « De Shihmen à Eluanbi », je vous propose de découvrir ou redécouvrir les charmes de la côte nord de Taiwan.
Dans les épisodes de cette série, nous avons déjà traversé les communes de Sanzhi, Shihmen, Jinshan pour arriver à celle de Wanli (c’était ce lundi).
Aujourd’hui dans le blog, il sera question de revenir sur un lieu très spécial de cette région. Il s’agit du temple des « 18 rois-marins », un temple taoïste autrefois très populaire à Taiwan.

Un temple particulièrement atypique

Le taoïsme et les croyances populaires sont très fertiles à Taiwan. Il n’est pas rare de croiser des temples où la divinité principale n’est autre que le personnage d’une légende locale ou une personnalité importante qui a marqué l’Histoire à un moment précis. Respect ou superstition, cela importe bien peu finalement, la population et les croyants les plus fervants surtout, n’hésiteront pas à rendre un culte régulier à ces divinités. Le temple qui nous intéresse aujourd’hui est celui des « 18 rois-marins ». Il se trouve dans la commune de Shihmen, tout au nord de Taiwan, dans la supermunicipalité du Nouveau-Taipei. Voyons cela plus clairement à l’aide de cette carte.

Une carte de la commune de Shihmen, avec la pointe de Fugui, le point le plus au nord de l'île de Taiwan.

Mais qui sont donc ces fameux 18 Rois-marins ?
Taiwan a connu de nombreuses vagues d’immigrants chinois venus du continent. Partant généralement des provinces du Fujian ou du Guangzhou, ces colons chinois, désireux de démarrer une nouvelle vie sur une nouvelle terre, devaient d’abord affronter les eaux périlleuses du Détroit. Une traversée qui représente environ 150 à 200 km entre les deux rives. C’est durant l’une de ces périodes que la légende de nos 18 marins s’est construite. Il s’agissait donc de 18 hommes qui se sont embarqués sur un bateau. On ne sait pas trop si leur objectif de base était de rejoindre ou non Taiwan, mais quoi qu’il en soit, ils ont croisé une tempête durant leur séjour en mer. L’embarcation a fini par sombrer, entrainant avec elle les 18 marins en question. La légende poursuit ainsi : Les corps se seraient échoués sur les rivages de Shihmen, probablement là où le temple a été construit par la suite. Dans la pratique, il convient de procéder à une cérémonie officielle afin d’apaiser les esprits troublés des défunts marins. Dans la religion populaire, c’est généralement le cas lorsqu’il est question d’une mort violente, ou bien d’une personne qui est morte loin de chez elle. Mais les gens du coin ont fait une autre découverte.

Un chien pas comme les autres.
A côté des corps inertes des marins, les villageois ont trouvé un chien. Vivant pour sa part. De toutes évidences, il était le seul survivant de cette tragédie. Fidèle à son maitre, il ne voulait quitter la dépouille de celui-ci. Alors que les habitants de la région allaient procéder à l’enterrement des corps, le chien s’est jeté dans la fosse. Il refusait de la quitter malgré les tentatives des villageois. Finalement, ces derniers ont compris que le chien avait choisi de rester fidèle à son maitre jusque dans la mort. Il a donc été enterré vivant avec les 18 marins.
Plus tard, un temple a été construit pour honorer d’une part la mémoire de ces personnages qui ont péri dans les eaux du Détroit de Taiwan, mais aussi pour rappeler la fidélité du chien. Il a donc eu droit à une représentation comme les autres.

Un chien fidèle aux pouvoirs magiques

Bien que je connaissais de réputation ce temple, je n’avais jamais pris le temps de m’y arrêter. A vrai dire, il n’est pas évident de le trouver. Il est coincé sous un pont qui longe la Mer de Chine et à côté de la première centrale nucléaire de Taiwan dont le système de refroidissement évacue justement ses eaux à quelques mètres du temple. Ces dernières semaines, j’ai donc pris ce fameux temps libre pour voir ce temple de plus près.
Et quel endroit bizarre, tristounet, avec ce pont rouge qui lui interdit un panorama sur la mer. Les rares bâtiments construit autour sont dans un état de vieillesse avancée et agrémentés de ces fameuses tôles rouillés. En bas, plus vers le pont, les constructions sont pour la plupart abandonnées. Il ne reste que quelques étals en activité, des vendeurs de monnaie céleste et d’encens, de petits repas à manger sur le pouce. Derrière, au-delà du temple, raisonnent les voix de chanteurs de karaoké, une activité qui pourrait survivre à n’importe quel cataclysme.

Hmm ... L'endroit a certainement connu des jours meilleurs.

Ma moto garée – devant un point téléphone où il ne restait qu’un seul appareil en place – je rentrais dans le temple où une dizaine de personnes s’affairaient à leurs prières. Une ambiance loin des heures de gloire de ce temple. Car oui, il fût une époque où les Taiwanais se pressaient en grand nombre dans cet endroit, lieu de fête incessante. Depuis Taipei, on pouvait faire la queue pendant des heures avant de passer quelques courts instants devant les divinités des lieux. Mais alors qu’il n’est pas la divinité principale du temple, c’est pourtant bien le chien à lui seul qui déplaçait les foules.
Une divinité sans pouvoir, ce serait un peu fade. Et il ne suffit parfois que d’une histoire rapportée pour que la mayonnaise prenne pour de bon. Un joueur à la loterie qui touche le pactole par exemple. Comment a-t-il gagné ? Il aurait demandé de l’aide au chien. Par hasard ? Pourquoi demander à un chien ? Qu’importe, c’est une divinité. Le vœu a été exaucé non ? C’est ce qui compte… Et c’est ainsi que la popularité du chien a commencé à grandir de plus en plus.
On se rendait alors auprès du chien, lui faisait une offrande, lui brulait de l’encens ou bien tout simplement une cigarette. Et tout s’achevait sur une petite caresse sur la tête, une façon de lui dire :  » N’oublie pas ce que je t’ai demandé … »
La foule, toujours plus nombreuse, s’invitait dans le temple pour faire ses nouvelles demandes. Au milieu des gens du commun et leurs soucis financiers, on trouvait des personnalités en quête de succès et reconnaissance. Autour du temple, les marchands se sont invités, faisant de l’endroit, une véritable foire. Il ne manquait plus qu’un personnage à tout cela : la mafia. Question de gros sous… on s’invite bien sûr.

Tu pourras toujours téléphoner, la police ne t'entendra pas ...

Les choses ont duré ainsi pendant quelques temps. Jusqu’à ce que cela tourne au vinaigre ou bien que les gens n’y croient plus autant qu’avant. A Taiwan, la mode évolue très vite et la population est impitoyable dans ce domaine.
Ainsi, le temple a finit par tomber dans un oubli relatif. Oh oui, les Taiwanais connaissent toujours ce temple. Beaucoup vous diront qu’ils s’y sont rendus il y a bien longtemps. Mais pour demander quoi ? C’est votre imagination qui vous répondra.
D’autres encore grimaceront, jugeant les lieux spirituellement « insalubres ». Rendez-vous compte, un chien qui exauce les voeux, c’est plutôt malsain. On vous fait comprendre que beaucoup faisaient des demandes peu honnêtes, souhaitant mettre la main à tout prix sur de grosses sommes d’argent.

C’est un lieu qui reste bien à part. Si on trouve des animaux divinisés dans beaucoup de temples (cherchez sous l’autel principal), rares sont ceux qui peuvent se vanter d’avoir atteint une telle réputation. A vrai dire, je crois que dans ce domaine, il est bien le seul.
Rien que pour son histoire, je lui brûlerai un peu d’encens.

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4 réflexions sur “Le temple des 18 rois-marins, 十八王公廟

  1. En quelle année cela se serait produit?Et quelle était l`espèce du chien?

    • Pour la période, c’est difficile d’être précis. Dans les nombreuses histoires autour de ce temple, on parle de la période des Qing, donc ça s’étend de la fin du 17ème au début du 20ème siècle.
      Quant au chien, aucune indication sur la race de celui-ci. A son sujet, je peux seulement ajouter qu’il est parfois considéré comme le 18ème marin. Comme quoi, les histoires, elles peuvent se déformer facilement avec le temps. 🙂

  2. aurelie

    Excellent article! Le lieu redevient véritablement vivant en replongeant dans la légende. Comme quoi, rien ne vaut mieux qu’une visite guidée!

  3. Pingback: Le temple des coquillages 貝殼廟 | Blog français de Radio Taiwan International

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